Aujourd'hui, je me suis rendu à Rungis pour passer le concours de Secrétaire Administratif et de Contrôle du développement Durable de classe supérieure, SACDD classe sup pour les intimes...

Alors là, attention, faites chauffer les neurones, c'est là qu'il va falloir suivre : 

C'est un concours pour faire le métier... que je fais déjà !

Seule l'administration française, devant nos regards ébahis, peut nous pondre des choses pareilles !

J'explique : quand j'ai été recruté comme Contrôleur des Transports Terrestres, CTT pour les initiés, le recrutement se faisait au niveau BAC.

En 2007-2008, à peine arrivé, le petit Nicolas a dit : je vais créer pour les fonctionnaires la prime fonction-résultat (une part liée à la technicité de la fonction, l'autre au résultats obtenus), alias PFR, ainsi qu'un nouvel espace statutaire, alias NES, pour que tous aient la même grille de salaire.

Jusque là, pas forcément une mauvaise chose, même si je vois mal comment cela peut s'appliquer à un professeur, une infirmière ou un gendarme. Mais admettons, puisque dans un cas au moins à ma connaissance, une personne s'est remise à travailler sérieusement pouréviter que la part résultat de sa prime ne baisse. 

Dans le NES, je suis toujours Contrôleur des Transports Terrestres, sauf qu'avant c'était à la fois mon grade et ma fonction, alors que maintenant, ce n'est que ma fonction.

Vous suivez toujours ? L'administration française dans sa splendeur, j'vous dis !

En effet, dans le NES, mon corps, les CTT donc, pas ma modeste carcasse, a été fondu dans le corps des SA, les secrétaires administratifs, en Compagnie des CAM, les Contrôleurs des Affaires Maritimes, mais uniquement les CAM de la filière administrative, ceux de la filière contrôle étant restés CAM.

Vous le dites, hein, si c'est confus. Sachez que ça ne l'est pas pour ceux qui me dirigent, là-bas dans l'Arche de la Défense.  

Le résultat de cette fusion administrative a donné le corps des Secrétaires Administratifs et de Contrôle du Développement Durable, comportant trois niveaux de grade : classe normale (recrutement niveau BAC) , classe supérieure (recrutement niveau BAC+2), classe exceptionnelle.

C'est là qu'intervient la PFR : si je suis payé sur la même grille indiciaire qu'un autre SACDD (en clair mon salaire de base), j'ai dans ma prime une part fonction (de CTT, donc) plus importante parce que je fais un métier plus technique que quelqu'un qui compte les crayons aux moyens généraux.

Jusque là, pas de souci, j'ai la faiblesse de croire que je le mérite (et toc !), et les collègues de mon équipe qui sont des personnes de valeur aussi (toc aussi !). 

Sauf que cette technicité reconnue (enfin, après des années de combat syndical) de mon métier induit que mes prochains collègues seront recrutés au niveau BAC+2, et seront directement intégrés au deuxième niveau de grade, la classe supérieure, alors que nous autres, qui sommes déjà là, avons été recrutés au niveau BAC et restons au premier niveau de grade, la classe normale.

Donc je suis CTT depuis bientôt sept ans, ce qui n'est pas ridicule comme expérience, et si je suis lauréat du concours interne de SACDD de classe supérieure, je deviendrai... CTT.

Avec, ça va de soi, l'obligation d'aller combler un poste vacant quelque part, ce qui rendra le poste que j'occupe aujourd'hui.. vacant.  

Sans trop y gagner financièrement au début, puisque je ne gagnerai qu'une vingtaine d'euros de salaire de base et que je peux perdre mes avantages liés à la région parisienne.

Avec l'obligation également de retourner en formation initiale pour apprendre un métier que je pratique tous les jours, et connais déjà bien, ce qui par ailleurs va coûter bonbon aux contribuables que vous êtes, vu que vous allez financer mon déménagement ainsi que mes trajets, mon hébergement et mes repas pendant un an. 

Autant vous dire que tout cela ne m'enchante pas, et que si je n'avais pas la perspective fort désagréable de devoir former un jeune petit con stagiaire qui me sera supérieur en grade et qui, dès qu'il sera titulaire, me donnera des leçons, ils auraient été se faire foutre voir chez les grecs, avec leur concours. 

Tout ça pourquoi ? Parce que je soupçonne fortement quelqu'un au ministère d'avoir été atteint d'une flemme incurable au moment de rédiger un décret et un arrêté spécifiques pour la promotion des contrôleurs déjà en place. 

Cerise sur le gâteau, je passe un concours pour ontenir un grade qu'avec l'ancien système, j'aurais pu obtenir par une promotion au choix dans un délai raisonnable, puisque que je suis proposable à partir de cette année.

Autant vous dire qu'une promotion au choix ça vous aurait coûté moins cher, chers concitoyens et cocontribuables. 

Si vous n'avez pas tout compris, c'est pas grave, moi non plus. Les voies du Ministère de L'Ecologie, du Développement Durable et de l'Energie (je vous demande pardon pour mon inexactitude s'ils ont encore changé de nom pendant que j'écris ces lignes), comme celles du seigneur, sont impénétrables...