Cela faisait un moment, maintenant, que je n'avais pas posté ici. 

Et puis, hier, le séisme s'est produit. le front National est arrivé en tête aux élections européennes, cruelle ironie puisque de tous nos partis politiques, c'est le plus anti-européen du lot. 

Il y a eu ensuite les réactions les plus pathétiques : 

- c'est la faute à Hollande, c'est un scrutin national (UMP) => en fait oui mais non, c'est l'Europe telle qu'elle est aujourd'hui que 25% des 42 % de français qui se sont déplacés rejettent, ne les prenez pas non plus pour des idiots ;

- on a gagné 2,5% (UDI-MODEM) => deux formations regroupées font à peine mieux que le MODEM tout seul il y a cinq ans, mouais ;

- on comprend votre cri de colère mais on ne changera rien à notre politique (PS-Radicaux de gauche) => décidément vous ne comprendrez jamais que vous êtes encore plus austères économiquement que la droite et que c'est un drame, on nous avait promis Roosevelt, on a même pas eu Hoover.

Les plus dignes sont encore les écolos qu'on a pas trop entendu et Mélenchon qui a dit qu'il avait mal à la France.

Mais au fait, le résultat de ce vote est-il un séisme ? 

Pas vraiment, si on considère que les europhobes restent minoritaires et que la construction européenne, aussi éloignée des peuples qu'elle soit, continuera de se faire en coalition entre les partis de gouvernement. 

Oui, si on considère la poussée des europhobes à la fois chez des membres de longue date (France, Royaume-Uni) et chez des mebres plus récents (Pologne, Hongrie).

Comment en est-on arrivé là ?

Tout d'abord, vient la volonté, qui fait consensus chez nos hommes et femmes politiques (à l'exception des extrêmes et du peu de gaullistes qui restent), d'une Europe de plus en plus intégrée et fédérale. 

Premier constat : Même si nous avons en commun des valeurs judéo-chrétiennes qui nous rendent proches, nous sommes différents.

C'est une question de culture. J'ai habité quatre ans en Allemagne, j'aime beaucoup ce pays, j'aime nos voisins allemands pour tout ce qu'ils savent faire de bien, mais chaque passage du Rhin vers l'Alsace a toujours provoqué une émotion intense pour moi, le sentiment de rentrer à la maison.  Pour comparer, j'ai habité 5 régions différentes en France, en m'y sentant comme chez moi. Même si je reste Breton de naissance et de coeur, j'ai pu apprécier les qualités de la Picardie, de l'Auvergne, de l'Ile de France, du Centre... 

Ce qui m'amène au deuxième constat : l'euro, c'est pas possible.

Pourquoi, parce que la France, en cas de crise, réévalue sa monnaie. On l'a fait sous Philippe le Bel, sous Louis XIV, sous Napoléon, sous Poincaré, sous De gaulle. L'allemagne a essayé cette solution dans les années 20 et le résultat a été douloureux avec une hyperinflation (faute d'avoir aussi augmenté les salaires, ce à quoi ont pensé les américains avec le new deal), c'est pourquoi elle est allergique à cette solution.

Le pire avec l'Euro, ce sont les sacrifices qu'il faut faire pour le sauver, à commencer par les 3% de déficit public, seuil inamovible mais complètement idiot puisque le déficit souhaitable et tenable devrait évoluer avec la situation économique. Ainsi, le Royaume-Uni, qui a accepté un déficit de 5,48 % l'année dernière et une légère baisse de la Livre face au Dollar, fabriquera plus de voitures que nous l'année prochaine. La relance obtenue au japon avec la réévaluation du Yen a aussi mis fin à 20 ans de déflation, mais ils sont maîtres de leurs monnaie, eux... et que dire du yuan chinois sous évalué ? 

On nous dit que si l'Euro baisse, nos importations sont plus chères. Certes, mais que les chinois me vendent moins cher un écran plat, ce n'est pas cela qui met de la soupe dans mon assiette et crée des emplois en France. Surtout si les économies que je contribue à faire à l'échelle du pays avec mes concitoyens pendant six mois  (les 14 milliards de 2012), sont réduit à rien en trois jours par une hausse de 3% de l'Euro face au Dollar... parce que la BCE n'a pas de compte à rendre au gouvernement que j'ai démocratiquement élu. 

Et en plus on me dit que c'est moi qui coûte cher alors que mon salaire est gelé. Merci.

Troisième constat : Shengen c'est pas possible.

C'est bien beau, la liberté de circuler de l'Italie à la Finlande sans contrôle, mais c'est la porte ouverte à n'importe quel trafic, y compris le trafic d'êtres humains. Quand il y avait des frontières contrôlées par des douaniers et des policiers, l'ennemi public numéro 1 (Mesrine) "travaillait" ou réglait ses comptes avec une arme de poing, revolver ou pistolet. Maintenant, n'importe quelle petite frappe de banlieue fait un carnage à la kalashnikov. Super progrès, merci Shengen. 

Bon, c'est populiste ce que je dis (pour les bobos, les autres seront d'accord), alors je vais être plus terre à terre. Quand on contrôlait à la frontière, la fraude à la TVA était plus difficile...

Mais de quoi je parle, là ? Je vous cite d'abord l'union européenne elle-même sur son site officiel : "Les assujettis qui, dans le cadre de leurs activités commerciales, paient de la TVA dans un État membre où ils n'effectuent pas de livraisons de biens ou prestations de services sont autorisés à déduire la TVA payée dans cet État membre".

Donc grosso modo, je me fournis en Allemagne ou je ne vends pas de biens ou de services, je revends en france et je déduis par la suite la TVA Allemande, qui me sera remboursée par le trésor. Problème : qui contrôle à la frontière que j'ai bien fait parvenir d'Outre-Rhin la marchandise que j'ai inscrite sur mes (fausses) factures ? Ce qui se ferait tout simplement en ouvrant le camion ? Réponse : personne. Merci pour la fraude à la TVA (60 milliards par an selon les estimations d'un journal d'investigation, soit le montant de notre déficit, si je fais une cote mal taillée).  

Si vous ne le saviez pas et que vous avez sauté au plafond, redescendez, j'ai pas fini. "La procédure de remboursement de la TVA comporte une nouvelle caractéristique selon laquelle des intérêts sont versés aux assujettis en cas de remboursement tardif par les États membres". Oui vous avez bien lu, si on tarde à rembourser la fausse déclaration de TVA d'une entreprise fraudeuse, on va même lui verser des intérêts...  

Troisième constat : le détachement des salariés, c'est pas possible.

C'est quoi ?  Je cite :

"Les entreprises dont le siège social est établi hors de France peuvent détacher temporairement leurs salariés en France. Elles doivent alors respecter plusieurs formalités obligatoires et appliquer aux salariés ainsi détachés, certaines dispositions prévues par le Code du travail en matière, notamment, de rémunération, de durée du travail et de conditions de travail. Le détachement est par nature temporaire. Sa durée varie suivant la mission confiée au travailleur détaché. La relation salariale avec l'employeur doit être maintenue pendant la durée du détachement du salarié en France."

Remarque : si je veux évaluer la durée du détachement "temporaire" en France du salarié, encore faut-il que je sache quand il est entré sur le territoire, ce qui est difficile puisque, rappelons-le, nous ne sommes pas censés faire de contrôle à nos frontières. Nous dépendons donc du bon vouloir des étrngers à déclarer le détachement, ce qu'ils n'ont que peu d'intérêt à faire. Ensuite, pourquoi n'appliquer que certaines dispositions de notre code du travail, l'un des plus protecteurs pour les salariés ? C'est de la concurrence déloyale !

Redescendez encore du plafond, j'ai pas fini : "L'employeur établi hors de France doit exercer une activité significative dans son pays d'origine, pour pouvoir faire intervenir en France ses salariés en qualité de travailleurs détachés".

Dans la mesure où un contrôleur français ne peut pas intervenir en Pologne, Slovaquie, Roumanie ou Portugal, comment fait-on pour vérifier que l'activité principale n'a pas lieu en France ? Mystère ! 

Quatrième constat : le primat du droit européen sur le droit national, c'est pas possible. 

Concrètement, les représentations nationales n'exercent pas de contrôle sur l'Europe, mais l'inverse est vrai. 

Je cite, concernant la cour de justice européenne : "La Cour veille à l'application du droit de l'Union et à l'uniformité de son interprétation sur le territoire de l'Union. À cette fin, elle contrôle la légalité des actes des institutions de l'Union européenne et statue sur le respect, par les États membres, des obligations qui découlent des traités. Elle interprète également le droit de l'Union à la demande des juges nationaux. La Cour de justice européenne décide par un arrêt, si l'État membre a violé le droit de l'UE. Si la Cour de justice confirme cette violation, l'État membre concerné « est tenu de prendre les mesures que comporte l'exécution de l'arrêt de la Cour ». Si un État membre ne suit pas l'arrêt de la cour de justice, celle-ci peut, à la demande de la commission, demander le paiement d'une somme forfaitaire ou d'une astreinte."

Vous pouvez en déduire que si vos élus votent un texte il peut encore être remis en cause sur plainte d'un autre état de l'Union, quand bien même le texte en question serait dans l'intérêt des Français.

Et non seulement on serait obligé de le retirer, mais en plus on aurait une amende jusqu'à ce qu'on le fasse.

Cinquième constat : le libre-échange intégral et mondialisé, c'est pas possible. 

Le libre-échange intégral, c'est bien entre deux pays de richesse comparable. A partir du moment où l'Europe a fait rentrer des pays pauvres dans l'équation, le libre-échange n'était plus tenable. 

Pourquoi ? Parce que pour le prix d'un Français, on peut faire travailler quatre roumains. Cela nous entraîne vers une politique de bas salaires, qui provoquent à la fois une contraction de la demande intérieure et une baisse de rentrées fiscales pour l'Etat, qui mène une politique d'austérité, et ainsi de suite...

Maintenant, les peuples ont-ils été consultés avant l'entrée dans l'Union de la Roumanie, de la Bulgarie, de la Croatie ? Non. Pour la bonne et simple raison qu'ils auraient refusé.

Est-ce que les conducteurs de camion espagnols, portugais ou italiens (bref ceux qui étaient déjà moins chers que nous) ont vu des Bulgares ou des Roumains leur prendre des marchés, donc leur travail ? Oui (et je l'affirme d'autant mieux que je suis sur le terrain pour le voir). 

Est-ce que tous ces nouveaux venus qui transitent chez nous font fonctionner nos commerces, ce qui permettrait de transférer certains des emplois qu'on perd dans le transport et l'industrie vers d'autres services ? Non, puisque leurs salaires sont trop bas...

Et en plus c'est pire en dehors de l'Europe, on se laisse imposer l'obligation de produire en Chine pour nos produits sans lui imposer la réciprocité... autant déclarer sa faillite tout de suite si on est les seuls couillons au monde à ne pas prendre de mesures de rétorsions contre ceux qui ferment leur marché à l'import et qui exportent à tour de bras, ce qui ne profite même pas à leur peuple malgré une croissance à deux chiffres... 

De quelle situation est-ce le résultat ?

En tant que citoyen européen, je vote pour un parlement qui n'a pas beaucoup de pouvoir, mais je n'ai pas les moyens de faire du lobbying à Bruxelles pour avoir une Europe plus sociale. Par contre, certains n'ont que quelques voix mais forment de puissants lobbys...

Si on ajoute à cela que la e sociale la plus modeste est peu ou pas représentée dans les instances nationales ou européennes, et que ça génère une pensée unique... on comprend que le concept de préférence douanière vers les pays comparables en terme de revenus par habitant ne soit pas mis en avant. 

Sixième constat : la ratification du traité de Lisbonne est une infamie. 

Le constat le plus simple de ce post : ce que vous avez refusé par référendum en 2005, Sarko l'a fait passer par la voix parlementaire. Et les Socialistes et les centristes étaient d'accord.

Ils commencent par nous prendre pour des cons et après ils veulent qu'on adhère à leur usine à gaz ? 

Conclusion : le drapeau tricolore, ça me faisait vibrer il y a vingt ans et ça me fera vibrer demain.

L'Europe, si elle ne se réforme pas en profondeur , je vais finir par préférer vouloir en sortir, parce qu'elle a été facteur de paix dans le passé, mais qu'à force de ne pas tenir compte des intérêts de chaque nation, elle devient un facteur de conflit dont j'espère qu'il ne sera pas armé.